Retour simple

16 mai 2012

l'éblouissante aventure / André Dhôtel

 

Préface au tome V des œuvres, Gallimard/Hachette 1968. Le vagabond des étoiles – La peste écarlate- L’amour de la vie.

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Avec raison chacun peut dire qu’il se passionne aux récits de Jack London parce qu’il ne s’agit que d’aventures dégagées de préoccupations littéraires, d’autant plus favorables au rêve qu’elles sont d’abord étroitement mêlées à une âpre expérience de la vie. C’est même presque toujours un jeu brutal où sont mises en avant des réalités banales, parfois atroces, et les idées les plus frustres qui sont notre partage.

Jack London aurait voulu se consacrer avant toutes choses au socialisme et à la révolution sociale. Il se considérait peu comme écrivain, faisant simplement métier de produire des romans, en utilisant d’abord ses connaissances acquises dans la navigation, la boxe, sa vie d’ouvrier, son expédition au Klondike. L’affaire remarquable, c’est qu’il fut conduit par ses histoires beaucoup plus loin qu’il ne paraissait croyable. Il en venait, lui, le militant, à douter de tout ordre social. Beaucoup plus passionné par l’idée d’une révolution et par les grèves acharnées que par l’établissement d’une société heureuse. Matérialiste moniste (selon son expression), pourquoi a-t-il nié, comme malgré lui, la matière au bénéfice de l’esprit et de l’âme immortelle ? Tout en demeurant parfaitement obstiné dans son ignorance d’une religion constituée et enclin à noter les situations les plus désespérées dans l’ordre spirituel, il est pris par une foi dans une vie autre que la vie. C’est une conversion qui s’affirme dans Le vagabond des étoiles, présenté dans ce volume avec d’autres œuvres, décisives de différentes manières. Conversion si l’on veut. L’essentiel serait d’abord de ne pas y voir bêtement la mise en sauce d’un idéal. Justement il n’y a pas lieu de s’arrêter en lisant Jack London, et il ne s’arrête pas à telle ou telle idée. Quand il s’exalte à propos de la science, de la vie sauvage, quand il est halluciné par l’inutile horreur de nos destins, cela fait toujours long feu, et nous devons surtout constater l’absence finale d’une quelconque profession de foi théorique. Plutôt égaré comme ses héros les plus sûrs d’eux-mêmes, et en rupture avec toute attitude, Jack London ne s’intéresse qu’au brassage des faits immédiatement présents dans notre esprit et notre vie, justement l’aventure dénudée.

Comme Panaït Istrati, Jack London (malgré un bref séjour à l’université) fut un autodidacte. Il ne pouvait se plaire à distiller le savoir ni obéir à notre tendance intellectuelle selon laquelle nous aimons composer, ordonner, soi-disant approfondir et finalement nous enfermer dans des cadres ou des structures. Il repose les questions, les met en travers les unes des autres sous forme d’événements qui ne sont pas modelés à plaisir selon des idées, mais le plus souvent font éclater toutes les spéculations. Il nous dit : « La tendance de la vie intellectuelle est plutôt statique que dynamique ; cette tendance devient propulsion grâce à la civilisation où on ne voit que ce qui est évident, où l’imprévu arrive rarement. »

L’imprévu ? Il s’invente aisément dans des fictions. Mais il faut remarquer que Jack London ne recherche pas plus les circonstances hasardeuses que les évidences. Il met en œuvre d’abord certaines données presque simplistes, des personnages tout d’une pièce, des sentiments bruts. Les événements eux-mêmes sont communs, même s’ils appartiennent au domaine de l’héroïsme. Ce qui fait l’imprévu, c’est la suite de ces événements, au cours de laquelle on voit dévier les pensées les mieux rabâchées, tandis que leur prolongement altère les conséquences habituelles.

Dans La Piste des soleils (qu’on lira plus loin), Jack London parle d’un tableau qui représente une partie de cartes avec tous les détails permettant de deviner la conclusion. Or cette partie représentée ne sera jamais jouée. Et, partant de là, il nous conte une histoire tout aussi précise, mais dont on ne peut concevoir ni le commencement ni la fin, qui demeurent dans une zone inconnue. Pour Jack London, on n’atteindra jamais la connaissance d’un commencement ni d’une fin. Il n’y a rien que des images présentes ou représentées.

Il n’est pas étonnant que les thèmes les mieux affirmés qui semblent commander la trame de ses romans apparaissent toujours comme des assertions tronquées et portent avec eux la contradiction, pour la raison que l’histoire plonge par tous les bouts dans une ignorance vivante et angoissante. Le style même, qui refuse d’être un style, s’affirme dans une sorte de reprise incessante des éléments en jeu, et ici nous devons rendre hommage à Christian Mounier, qui a su redonner vie aux traductions en restituant la rude application et les intenses exigences de l’auteur. Nous ne sommes pas dans une littérature mais dans une nature.

Bien sûr, tout de suite Jack London l’autodidacte s’est imprégné des idées de Spencer et de Darwin, parce qu’elles écartent tout mystère et qu’elles expriment d’immédiates constatations. Mais, en jouant le jeu de qui constate, aux prises avec ses histoires (et avec la nature), Jack London se trouve bientôt confondu et d’autant plus passionné par un monde inexplicable.

La concurrence vitale, la lutte pour la vie, la survivance du plus apte, c’était le sujet en or pour l’amateur d’aventures et le réel aventurier d’instincts dominateurs que fut Jack London. Qu’y a-t-il de plus flatteur pour nos cœurs sensibles aux héroïques combats, qu’y a-t-il de plus rentable que de conter les risques courus et surmontés par un être courageux dont l’énergie, par surcroît, s’affirme dans une générosité originelle et dénuée de tout mensonge ? Cela répond à la vérité naturelle aussi bien qu’aux plus nobles aspirations de l’homme. Mais Jack London ne peut faire autrement que de suivre son histoire, au cours de ses romans. Puisqu’il n’y a d’autre loi que de remporter la victoire, en quoi consiste cette victoire et où va-t-elle ?

Souvent il s’agit de gagner quelques dollars. Mais quoi faire avec des dollars ? Est-ce qu’on arrive à manger cinquante beefsteaks par jour ? Bien sûr, il est simple de donner ou de dissiper, mais que reste-t-il alors qui témoigne d’un résultat ? En fait, tous les avantages qui peuvent être acquis ou distribués se perdent un jour ou l’autre. Les vies se terminent, d’autres renaîtront, c’est la loi, et alors que signifie la victoire des vies terminées ? Que l’intelligence à son tour domine la force, que l’humaniste surclasse la brute, que l’amitié et l’amour l’emportent sur toute réalité, toujours il y a une fin. La volonté, même dite surhumaine, ne peut que succomber. Larsen, capitaine nietzschéen d’un bateau dont les matelots sont des esclaves, finit par être victime de l’absolu qui lui donnait sa force invincible. Il devient aveugle et ne peut plus qu’errer dans l’impuissance sur son navire déserté. Martin Eden, le romancier à succès, après être parvenu à s’imposer de toutes manières, se livre à ce qu’il appelle la raison pure, c’est à dire une mise à nu du fait essentiel qui est enfin la mort.

Puisqu’il faut s’en tenir aux faits, il ne reste plus d’autres ressources à Martin Eden comme à Jack London que de proclamer que la vie est une illusion. Dès le moment où quelques cellules s’assemblent, il ne se manifeste rien d’autre qu’un bouillonnement et un ardent désir d’agitation, et il n’en sera pas autrement pour l’homme le plus triomphal. Mais c’est le pire des mensonges dès lors que la vie n’est orientée à aucun niveau et que toute prétendue orientation se perd dans la mort.

Si l’on suit encore l’histoire, il devient nécessaire que tout soit mensonge. Jack London n’a pas manqué de dénoncer l’injustice, la corruption, l’hypocrisie enfin de son époque et de l’humanité en général. Il ne l’a pas fait en moraliste, mais par une exigence de lucidité, toujours prolongeant l’histoire avec une fidélité obstinée, de telle manière que l’homme apparaît comme voué le plus souvent à une horreur d’autant plus insensée qu’elle est inavouée et sans but possible.

Dans cette affaire inexplicable, Jack London a cherché l’issue au cours de ses divers contes. Retour à la vie originelle, au moins dégagée d’hypocrisie, mais les animaux seuls en sont peut-être capables. Retour à ce qui ressemble de très loin à ces pures origines, la vie champêtre dans la vallée de la Lune, l’acquisition d’un savoir désintéressé et raffiné qui purifie les relations humaines, ou la candeur des amitiés fraternelles, d’un amour étonnant. Il n’e résulte pas moins, si l’on va au bout des histoires, que ce ne sont pas des issues mais des échappatoires. Il n’y a rien que de provisoire, et il s’agit toujours finalement de sombrer dans le « mystère du silence ».

En lisant Jack London, on ne peut que reconnaître à un moment donné qu’il ne reste plus d’espoir dans aucun sens. Et cependant, à lire même les passages les plus durs de ses livres, on éprouve une intense certitude.

Ce n’est pas d’avoir vu la vérité en face, comme on dit. Jack London le premier récuse cette « raison pure », et la négation ne le satisfait en aucune manière. Il ne peut s’intéresser qu’à une affaire positive, qui ne saurait être la vérité d’un néant pas plus qu’un mensonge complaisant, aussi mortel que l’alcool (auquel pourtant il succomba en frayant son chemin au travers des illusions.) Certes, Jack London a conté aussi le merveilleux sacrifice de la vie pour d’autres que soi et il n’a pas lui-même ménagé les risques. Mais cela ne le satisfait pas non plus, parce qu’il exigeait une vérité présente qui soit la vraie vie, en somme une vie dépassant déjà la mort. Ou alors rien ne valait la peine, encore une fois.

Qu’il ait trouvé un tel secret, et que nous le partagions, ce serait beaucoup trop dire, mais qu’il y soit entré parfois malgré lui en trébuchant au milieu de pas mal de déchets, et qu’il nous y fasse entrer parfois, malgré nous, dans des circonstances très modestes, c’est ce qui nous redonne à chaque instant une violente assurance que nous avions crue perdue et niée absolument.

Répétons-le, les histoires que Jack London fabriquait se prolongent en dépit de tout et, dans le moment même où elles se font, affirment une vie intraitable et impossible à étouffer. Ce n’est rien d’autre que l’amour de la vie, selon le titre d’un recueil de contes que l’on trouvera dans ce volume. Pas seulement l’amour de sa propre vie ni de celle d’un ami ou d’une amie ou de quiconque, mais l’amour d’une pensée menée au-delà du possible et qui, sans éluder la mort, semble échapper à toute mort.

Simplement des faits toujours. Les héros de Jack London se trouvent très souvent aux prises avec des difficultés qui épuisent à l’extrême leur corps aussi bien que leur intelligence. Quoi qu’il arrive, ils ne cèdent jamais. Affaiblis, dégradés, privés de tout recours, ils restent patients. Et Jack London ne cesse d’insister sur cette patience (parfois souriante) de ceux qui font œuvre d’artisan pour accomplir un trajet inouï dans la neige, pour ramper vers une nourriture, abattre un ennemi, construire un feu. Alors le succès n’a plus d’importance, et ces hommes patients trouvent on ne sait quelle paix admirable en dehors du bonheur ou du malheur. Ils demeurent ignorants de tout avec le seul souci d’accomplir les actes les plus improbables qui célèbrent la merveille de la vie, au moment même où les souffrances devraient leur faire désirer et affirmer la mort. Parce qu’il ne s’agit plus de vie ou de mort, mais de tout autre chose, c’est-à-dire d’un simple geste sacré désignant sans aucun doute un salut, ou le salut, plus loin que toute préoccupation d’un résultat personnel ou humain.

Ainsi l’homme mourant de faim dans le désert du Grand Nord s’astreindra à viser un petit oiseau pendant une durée immense. Ainsi le premier condamné à mort, enveloppé dans sa camisole de force, tentera de faire survivre son esprit à un corps torturé qu’il s’applique à oublier centimètre par centimètre, en commençant par un doigt de pied. Cet homme revivra ainsi ses vies anciennes et attendra une vie future, selon la fantaisie du romancier.

En ce dernier cas, il s’agit finalement d’une pure fiction curieusement parente de certaines illuminations de Nerval et des expériences « fondamentales » de René Daumal. L’affaire passionnante, c’est qu’une telle fiction ne joue jamais le jeu de ce qu’on appelle « l’imaginaire ». Comme tous ces travaux pour maintenir la vie qu’accomplissent les artisans à bout de forces qui peuplent les contes de Jack London, son roman devient le sensible témoignage d’une réalité inconnue, soudain étrangère à la fiction qui en elle-même serait sans force. Son histoire n’est rien d’autre qu’une obstination spirituelle pour esquisser un signal extrême, à la limite où s’annonce une autre vie dans sa réalité. L’âme, à jamais intraitable, doit dépasser la vérité aussi bien que l’imaginaire.

Car il y a mieux. Cet amour de la vie devient à un moment donné rayonnant et illumine toute misère. Il ne s’agit ni de posséder ni de maîtriser le vrai ou le faux, l’utile ou l’inutile, mais de voir et d’accueillir la lumière. Tel cet indien qui regarde une femme et, sans se soucier de ce qu’elle soit inaccessible, étudie la grâce inextricable de chacun des gestes de son corps. Dans Le Vagabond des étoiles, certain criminel, lui aussi mort à son corps, va se promener au long des rues et s’intéresse incroyablement à une épicerie voisine de la maison de sa mère. C’est que la plus humble donnée apparaît bientôt sans limites par la complication inouïe qu’elle suppose et qui peut être vue. Ainsi cet autre homme égaré, qui va mourir dans une cabane isolée, se plaît à ouvrir et à refermer sa main pour considérer dans leur détails les mouvements variables à l’infini des doigts qui jouent et qui tout à l’heure seront immobiles. Alors on se demande comment la mort pourrait absorber cet étonnement de vivre, cette étude et cette grâce inextricable, comme nous disions.

A ce point on ne peut plus rien dire, sinon que la vision attentive de tel ou tel événement s’affirme comme une rupture suprême avec toute illusion comme avec toute raison. N’oublions pas ce missionnaire, réfugié sur un cocotier pendant un cyclone, qui se trouve emporté soudain par la bourrasque avec son arbre et dans les airs fait un geste d’adieu pour ses compagnons. Il est soudain à côté de la vie aussi bien qu’à côté de la mort, dans l’éblouissante aventure.

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13 mai 2012

Sur la route de Jack LONDON

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« A cette époque-là j’avais déjà acquis une renommée prodigieuse dans les monde d’aventuriers où j’évoluais. On me connaissait sous le nom de prince des pilleurs d’huîtres. Il convient d’ajouter que les individus placés immédiatement en dehors de ce milieu : honnêtes matelots de la baie, caboteurs, yachtmen et propriétaires légitimes des bancs d’huîtres, me traitaient de voyou, de gouape, de voleur, de bandit, et employaient à mon égard d’autres épithètes non moins courtoises, que je prenais pour des louanges. Cette réputation ne servit qu’à augmenter le vertige où me plongeait alors ma haute situation. » ( Jack London La Route Libretto pp 116-117 trad : Louis Postif)

 

 

 

Citation reprise dans Quelques verres avec John Everhard (Jack London par lui-même), première piste de Sur la route de Jack London, "biographie fictive" de ma poire (pour la soif) publiée fin mai aux éditions du Petit Pavé.

Grand format illustré, 188 pages, 20 euros, franco de port. Cliquez sur la couverture pour la commande.

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09 janvier 2012

Simenon et le crime d’exister

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Maigret : Vous venez de me dire que vous ne connaissiez pas cet homme. Pourquoi alors l’avez-vous tué ?

Le juge : Moi !? Mais je ne connaissais pas cet homme, pourquoi donc aurais-je tué un homme que je ne connais pas ?

Maigret ne s’offusque pas que le juge lui retourne sa question, bien au contraire. Il vient pourtant de le surprendre sur le pas de son perron, en sueurs, exsangue, tirant vers la mer le cadavre de cet inconnu enroulé dans un tapis. Une scène d’une transparence parfaite. Pourtant, Maigret entend la sincérité du juge, blême, au bord de la suffocation dans la lumière aveuglante de la cuisine où ils ont rentré le corps. Ils l’ont installé sur la table et interrogent ensemble sa présence inexplicable. Le juge est proprement éberlué, et son incrédulité est déjà moindre quand il se tourne vers le commissaire, qu’il ne connaît pourtant que depuis quelques minutes et qu’il n’avait à priori aucune chance de rencontrer devant sa maison alors qu’il tentait d’en faire disparaître un macchabée. Il ne fait pour Maigret aucun doute que le juge se demande en toute bonne foi ce que cet homme fait là, froid, étendu sur la toile cirée de sa table de cuisine. Dès cet instant, Maigret le croit. Et alors que tout désignera ensuite plus lourdement le juge, Maigret continuera de le tenir pour innocent, se fiant non pas à une intuition, ou à une impression favorable produite sur lui par cet homme très suspect, mais tout bonnement à ce raisonnement d’allure tautologique : si on peut certes tuer un homme qu’on ne connaît pas, on ne peut tout de même pas avoir tué un homme qu’on n’a jamais vu ! *

 C’est une caractéristique constante, non seulement des personnages de la série des Maigret, mais des personnages de Simenon en général, que de s’en tenir finalement à la vérité, même quand ils mentent sur le fond ou ne veulent pas savoir grand-chose d’eux-mêmes. Pour la plupart en fuite, y compris Maigret peut-être, les doubles de Simenon, quoiqu’ils fassent et aussi loin qu’ils fuient, finissent par se rattraper au coin d’une rue, en allumant une cigarette, en apercevant dans la vitre d’une voiture la silhouette d’une femme, d’un homme qu’il n’a jamais vu auparavant et qu’il ne reverra plus : si on peut certes changer, et éventuellement changer le monde en changeant, on ne peut pas changer de monde.
 
Ce raisonnement est tenu par le juge lui-même, dans la nouvelle de Simenon, Maigret et le juge. On doit cet extrait, et cette réplique du juge qui sonne comme un aphorisme à Bertrand Van Effenterre qui en faisait l’adaptation pour la télévision en 1992 : Maigret et la maison du juge, où Jules Maigret est joué par Bruno Crémer, tandis que Michel Bouquet interprète le juge.
 
 
Fragment publié sur le blog Non de Non!

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05 janvier 2012

Crime parfait et admiration.

     A une certaine époque, les auteurs de littérature fantastique, les faiseurs « d’histoires qui font trembler » ou les ferrailleurs de romans noirs, ne concevaient meilleur preuve d’amitié et d’admiration que de métamorphoser leur maître ou leur cadet prometteur en personnage de fiction, et de l’y tuer, avec force invention et panache. Lovekraft, par exemple, sut apprécier à sa juste valeur ce genre d’hommage, et quand il rendit la pareille à son protégé Robert Bloch, celui-ci en conçut une gratitude indéfectible. Je ne considère moi-même rien de plus élogieux que d’offrir ou de recevoir de cette manière une identité de meurtrier, à condition que le crime parfait soit recherché.

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06 décembre 2011

Tabou à Falesà

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Bref roman, dense et halluciné, The Beach of Falesà est d'une facture inédite, tant dans les écrits de Robert Louis Stevenson que dans l'ensemble des productions romanesques célébrant jusqu'ici le Pacifique Sud, histoires généralement épiques, voire folkloriques.

 

la suite hic! sur le site K-libre

 

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02 août 2011

retour aux sources

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Le premier lundi de chaque mois, K-libre accueille mon "retour aux sources". Chronique sur les romans noirs ou intrigues policières qui ont fait, et font toujours, l'essentiel de mes lectures.   

J'ouvre le feu avec "le gang de la clef à molette" d'Edward Abbey : hic!

Découvrez la présentation de la chronique : nunc!

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01 août 2011

la surface des choses

 

Edward Abbey, à propos de Désert Solitaire (1968) :

« On m'objectera que ce livre s'attache beaucoup trop à des choses qui ne sont qu'apparences, qu'il reste trop souvent à la surface du monde et qu'il échoue à pénétrer et à dévoiler les structures des relations unificatrices qui forment la réalité sous-jacente de l'existence. Ici, je dois confesser que, ne l'ayant jamais croisée, je ne sais absolument rien de la vraie réalité sous-jacente. Je n'ignore pas qu'il existe de nombreuses personnes affirmant l'avoir rencontrée ; ces personnes-là ont simplement été plus chanceuses que moi.

Pour ce qui me concerne, la surface des choses m'apporte suffisamment de bonheur. A dire vrai, elle seule me paraît avoir une quelconque importance. Des choses comme une main d'enfant qui serre la vôtre, la saveur d'une pomme, l'étreinte d'un ami ou d'une amante, la douceur soyeuse des cuisses d'une jeune femme, le coucher de soleil sur la roche et les feuilles, l'entrain de telle musique, l'écorce de cet arbre, la lente abrasion du granite et du sable, une chute d'eau cristalline dans une marmite de grès, le visage du vent : qu'existe-t-il d'autre ? De quoi d'autre avons-nous besoin ? »


Bruckner - Symphonie No.8 - Boulez

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19 juillet 2011

signature

 

- Ah, j'aime bien les aphorismes... Enfin, non, en fait, pas toujours... Parfois, une idée vous travaille tellement que vous ne pouvez plus vous en débarrasser...

- C'est tout à fait ça, madame...

Comme on le voit, notre auteur n'est pas très contrariant, ce mardi 12 juillet au matin. Il s'est fait saucer rue Clemenceau, en changeant de place son Opel Corsa 1992. La chaussée est en pente et en sens unique, et les pluies se ruent sur les trottoirs. Régulièrement, un fourgon bouchonne devant la librairie papeterie Le Porte-Plume. Le chauffeur s'en éjecte comme s'il venait d'y déclencher le mécanisme horloger d'un explosif, il se charge en trombe et court délivrer ici ses cartons. Les libraires-papetières défont continuellement. Des livres, des livres, du papier, des images cartonnées. Les clients prennent des airs de naufragés devant le présentoir du Ouest France, ou celui du Petit Malouin. Ils expriment davantage d'envie, ou de soulagement, que de curiosité en apercevant cet écrivain attablé, au sec, à siroter un caoua fumant derrière ses trois tas de livres.

- Et celui-ci ?

- Lui ?

l'ardoise%201%20couv%20iL'auteur répond en signant L'ardoise, minuscule opus, d'aphorismes, donc, de phrases, d'histoires microscopiques, de poèmes... paru en février 2009, déjà, aux éditions Asphodèle, mais dont Le Porte-plume présente toujours une pile, face aux tourniquets de polars régionaux :

- Retour simple est un roman, un roman policier, voyez-vous, Saint-Malo Intra-muros... Une intrigue amoureuse autant que policière...

Mots tout faits, on dirait, trop préparés, et à voix haute leur effet est comme foiré, mais ils intriguent tout de même la lectrice. Elle ne tarde pas à lui faire avouer sesRetoursimplecouvi origines servannaises, elle semble s'en enorgueillir pour lui. Il n'a pourtant passé ici, précise-t-il, que les 6 premiers mois de son existence avant de migrer aux alentours du Mont Saint-Michel qui n'est absolument pas, rappelons-le, breton. Ceci précisé pour attiser cette passionnante polémique, entre les huîtres plates du Belon qui parlent si platement le breton, et les creuses de Cancale qui le jactent avec tant de profondeur…

- Un simple roman, sur le simple crime d'exister... aurait-il ajouté, si l'expression avait trouvé le chemin de sa conscience empoissée par la mousson servannaise, dehors, qui a raison de la philosophie du réel, celle de Clément Rosset, servant de toile de fond, d'énigme sans clef, à ce « policier » sans coupable, retour simple, premier roman des éditions Asphodèle, décidément...

- Et mes Abruzzes ?

- Ah, ce livre-là, madame, revient de loin,... Je n'ai jamais mis les pieds dans les Abruzzes, notez-bien... Mes Abruzzes sont imaginaires. Ce sont les songes perdus d'un vieux gars, Giuseppe, qui a passé sa vie à noircir des calepins à spirales et à les perdre. Il s'en est même fait chouraver un par un ours noir... Le lecteur, lui, accède à ces fragments disparus... Voilà toute l'affaire.

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Mes Abruzzes, roman saucissonné en nouvelles, paraissait en juin dernier aux jeunes éditions Kirographaires, une maison d'Aix-en-provence où, là non plus, l'auteur n'a jamais mis les pieds... Pas plus qu'à Bouguenais, du reste, capitale de l'Asphodèle, comme chacun sait...

 

Et on n'en saura pas davantage aujourd'hui, ni la semaine prochaine dans les colonnes du Petit Malouin, car Henry Noc, correspondant de presse dépêché par cet hebdomadaire, qui assiste à l'instant à ces échanges, n'a guère le loisir, ni l'envie, d'en suivre davantage. Il prend encore le temps de mettre auteur et libraire dans sa boîte numérique, sur fond de livres, de tranches d'oisiveté et de songes sorciers. Le tout, confidences, ambiance et références de l'auteur, n'ont pris qu'un quart d'heure, à peine, de la vie du correspondant de presse. Et Noc, en rangeant son appareil numérique, en empochant sa plume, les mots des autres et son calepin à spirales, savoure la rentabilité de son temps... 20 euros du ¼ d'heure ! voilà une histoire rondement menée, et écrite par d'autres encore !... Pourquoi se fatiguer ?

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Cordial merci aux véritables auteurs des journaux et retour au perchoir, à Solidor, sous les trombes tièdes.

En s'installant au volant de sa 205, Noc aperçoit bien une pervenche, sur sa droite, penchée sur son ouvrage. Mais elle a dû faire une dizaine de mètres et trouver un abri assez sûr pour y rédiger en paix son procès verbal. Alors Henry Noc a démarré son moteur avant de réaliser que la jeune femme y consigne précisément l'immatriculation de son tas de ferraille. Ainsi, ce papier, qui lui rapportera 20 sacs, lui en aura coûté 35 ! réalise-t-il, au moment où, en professionnelle blasée, à peine grimaçante, l'artiste péripatéticienne appose sa signature.

 

Visionner le programme des dédicaces du Porte-Plume : hic!

 

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20 juin 2011

à l'aveugle

 

 

" J'ai éclairé mes mains pour les voir..."

VOL DE NUIT,  Antoine de Saint Exupéry, Gallimard 1931, p 77.

 

" Nous ne demandons pas à être éternels, mais à ne pas voir les actes et les choses tout à coup perdre leur sens. Le vide qui nous entoure se montre alors...(...)

"Et voilà par où, chez nous, s'introduit la mort : ces messages qui n'ont plus de sens..."

Ibid p 160.


 


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11 avril 2011

plutôt me faire tuer que de me laisser pendre !

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- Pour l'amour de Dieu! Yan! supplia Bill le Rouge, reprends tes esprits. Nous ne voulons ni te faire de mal, ni te tuer, ni rien de tout ça, simplement te pendre...

- Je me ferai tuer, plutôt que de me laisser pendre.

 

in Yan l'irréductible

de Jack London

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