Premiers échos sur K-Libre, très élogieux, et amicaux, à propos de retour simple.
Cette recension inaugure, paradoxalement, une rubrique de Stéphane Beau,
"l'heure des comptes", consacrée à l'auto-édition, à l'édition à compte d'auteur, ou participative.


minusJe profite de ce papier pour saluer le travail éditorial de Pascal Pratz, qui a délibérément pris le sillon de l'artisanat, et peu à peu développe un catalogue où il fait bon cheminer. Pascal Pratz confectionne, tâtonne, expérimente au partage. Écrivain lui-même, il ne peut ignorer que l'auteur est le moins bien placé pour parler de ses livres, mais qu'il n'en est pas moins le seul à pouvoir en dire quoi que ce soit, pour peu qu'il écrive pour parler, pour dire les deux ou trois choses qu'il a à dire sur l'existence.
« Si je ne m'écris pas, qui donc le fera? » Inscrivais-je, égotiste, sur l'ardoise (Asphodèle collection minuscule). Et la co-optation des choix ( illustration de couverture/ mise en page, format, 4ième de couverture etc... ) accouche d'objets façonnés sur mesure, chargés en affect et en attente, singuliers. Ses livres me plongent toujours dans une sorte de sérénité impatiente, chaque fois que je les présente. Je pense notamment à sa collection minuscule, qui prend splendide allure, une allure que j'étais très loin de me figurer en lui proposant de présenter en volume les quelques phrases qu'un Manchot-épaulard publiait quotidiennement sur un blog aussi visité qu'une banquise... Je suis dans une attente comparable concernant sa collection roman/nouvelles. L'égoïsme désintéressé est du côté de la vie : on aura au moins été...

Il est un constat auquel l'auteur doit s'habituer, et la publication en lignes, notamment via les blogs, ne fait que le confirmer, comme les petites structures éditoriales en font à mon avis une armature trop exclusive : l'écriture intéresse essentiellement les écrivains. Les lecteurs, aujourd'hui, pour leur plus grande part, touchent à l'écriture. C'est pour moi une réalité incontestable, et cette réalité ne me satisfait pas complètement. Elle génère chez moi une frustration, quelque soit l'amitié que je peux porter à mes compagnons de route, éditeurs de revues, de webzines, de feuilles ou sites plus ou moins confidentiels, et quelques soient les talents que je leur reconnais. Il y a là un corporatisme qui ne vaut pas mieux qu'un autre corporatisme, et à mon sens un éditeur, quel qu'il soit, s'il ne tend pas à fouler au pied ce corporatisme littéraire, n'est pas un éditeur. Et d'une certaine manière, l'aventure de l'asphodèle ne fait que commencer. Pascal Pratz y met une certaine ironie, mais il s'y met... Le mot de l'éditeur, les dossiers de presse, le catalogue etc... Les choses sérieuses commencent, et je vois comme une très bonne augure que P. Pratz ne se prenne pas trop au sérieux.

Car la publication n'est rien d'autre, finalement, que cet accès à la réalité où il est donné au texte d'intéresser un lecteur qui n'écrive pas, je veux dire un lecteur qui lise (qu'il écrive ou pas). Il n'existe pas d'autre voie que le livre (que la publication). Voilà pourquoi, pour mégalomane que l'entreprise puisse paraître, il n'est d'épreuve plus salutaire que l'auto-édition, car elle impose précisément de mettre son amour-propre aux orties.

Yves le Manach explique dans un entretien qu'il s'agit moins, pour lui, d'être reconnu comme écrivain, que comme être humain et, en l'espèce, comme auteur (de son existence). Avec l'auto-publication, le risque est bien mince que les libraires ou les critiques littéraires vous offrent la moindre reconnaissance. Les libraires vous feront une place dans leurs étalages pour vous rendre service, ou parce que l'évidence de la vente s'impose à eux. Un polar, genre grotesquement répandu en Bretagne, situant son intrigue à Saint-Malo, trouvera tout naturellement place dans les librairies de la côte d'émeraude. Et il s'y vendra. Malgré l'effet certainement très étrange, voire le sentiment de trahison, de duperie, qu'à pu provoquer mon fruit défendu (épuisé), pour celles et ceux qui l'ont acheté pour un polar local, et se sont retrouvés avec un déchaînement de dadaïsteries - que retour simple maîtrise beaucoup mieux, ainsi que l'intrigue, du reste ; j'ai comme qui dirait écrit mon premier roman après le second... Et il s'agit bien de deux livres distincts -, ce roman a davantage rendu service aux libraires qu'ils n'ont travaillé pour lui, à quelques exceptions près, et ces libraires-là croulent littéralement sous les livres et sont dans l'incapacité physique, autant que commerciale, de faire ce boulot de promotion.

Parenthèse.

Au tabac-presse de Saint-Briac, j'ai par deux fois vendu mes livres à un rythme qui aurait fait rougir d'envie le grand biographe Poivre d'Arvor. C'est un fait, comme au salon je vous dis. Quand vous vous y présentez seul, on vous célèbre en crac. C'est simplement humain, de l'économie élémentaire. Je m'installais à 10h 30, je repartais aux alentours de midi, 150 euros en poche (et les buralistes gardaient encore une marge du tiers du prix de vente!...) Une touriste parisienne, m'avouait avoir elle-même publié un roman chez un éditeur industriel, et me demandait pourquoi j'avais moi-même, avec mes grosses mains fort maladroites, édité mon propre livre. Je lui faisais simplement remarquer qu'elle venait de me l'acheter, ce livre amateur, et que je me voyais mal mettre le tranche-lard contre la gorge des éditeurs pour qu'ils consentissent à me publier. Je n'ai pas eu la cruauté de lui demander le montant de ses droits d'auteur, conscient qu'il était fort improbable que son éditeur accordât autant de soin à son livre que j'en accordais au mien. C'est que j'en avais croisé, de ces écrivains patentés Gallimard, Grasset & co, dont les livres passaient au pilon sans que le moindre écho ne fût jamais offert à leurs écrits. Certains n'en vendent – écoutez-moi bien, candidats à l'édition! - n'en vendent pas le moindre foutu exemplaire... PAS UN, je vous dis, sans crainte d'être démenti.

duquesnoyJean-Louis Duquesnoy, libraire magnifique du Môle, Saint-Malo, rue de Dinan, écrit des polars à quatre mains (expression étrange) dont il vend dans sa seule officine plus d'exemplaires (il en est à 1700 exemplaires, je crois, pour le dernier titre) que les éditeurs industriels n'en fourgueront jamais, dans toute la France, de la plupart des fictions élues par leurs comités de lecture. Duquesnoy et son complice viennent d'être traduits en italien par un traducteur transalpin de Jean Giono... Ça c'est du boulot, ma bonne dame, de l'édition courante! Et c'est celle-là qui me plaît.

Fin de parenthèse.