- Ah, j'aime bien les aphorismes... Enfin, non, en fait, pas toujours... Parfois, une idée vous travaille tellement que vous ne pouvez plus vous en débarrasser...

- C'est tout à fait ça, madame...

Comme on le voit, notre auteur n'est pas très contrariant, ce mardi 12 juillet au matin. Il s'est fait saucer rue Clemenceau, en changeant de place son Opel Corsa 1992. La chaussée est en pente et en sens unique, et les pluies se ruent sur les trottoirs. Régulièrement, un fourgon bouchonne devant la librairie papeterie Le Porte-Plume. Le chauffeur s'en éjecte comme s'il venait d'y déclencher le mécanisme horloger d'un explosif, il se charge en trombe et court délivrer ici ses cartons. Les libraires-papetières défont continuellement. Des livres, des livres, du papier, des images cartonnées. Les clients prennent des airs de naufragés devant le présentoir du Ouest France, ou celui du Petit Malouin. Ils expriment davantage d'envie, ou de soulagement, que de curiosité en apercevant cet écrivain attablé, au sec, à siroter un caoua fumant derrière ses trois tas de livres.

- Et celui-ci ?

- Lui ?

l'ardoise%201%20couv%20iL'auteur répond en signant L'ardoise, minuscule opus, d'aphorismes, donc, de phrases, d'histoires microscopiques, de poèmes... paru en février 2009, déjà, aux éditions Asphodèle, mais dont Le Porte-plume présente toujours une pile, face aux tourniquets de polars régionaux :

- Retour simple est un roman, un roman policier, voyez-vous, Saint-Malo Intra-muros... Une intrigue amoureuse autant que policière...

Mots tout faits, on dirait, trop préparés, et à voix haute leur effet est comme foiré, mais ils intriguent tout de même la lectrice. Elle ne tarde pas à lui faire avouer sesRetoursimplecouvi origines servannaises, elle semble s'en enorgueillir pour lui. Il n'a pourtant passé ici, précise-t-il, que les 6 premiers mois de son existence avant de migrer aux alentours du Mont Saint-Michel qui n'est absolument pas, rappelons-le, breton. Ceci précisé pour attiser cette passionnante polémique, entre les huîtres plates du Belon qui parlent si platement le breton, et les creuses de Cancale qui le jactent avec tant de profondeur…

- Un simple roman, sur le simple crime d'exister... aurait-il ajouté, si l'expression avait trouvé le chemin de sa conscience empoissée par la mousson servannaise, dehors, qui a raison de la philosophie du réel, celle de Clément Rosset, servant de toile de fond, d'énigme sans clef, à ce « policier » sans coupable, retour simple, premier roman des éditions Asphodèle, décidément...

- Et mes Abruzzes ?

- Ah, ce livre-là, madame, revient de loin,... Je n'ai jamais mis les pieds dans les Abruzzes, notez-bien... Mes Abruzzes sont imaginaires. Ce sont les songes perdus d'un vieux gars, Giuseppe, qui a passé sa vie à noircir des calepins à spirales et à les perdre. Il s'en est même fait chouraver un par un ours noir... Le lecteur, lui, accède à ces fragments disparus... Voilà toute l'affaire.

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Mes Abruzzes, roman saucissonné en nouvelles, paraissait en juin dernier aux jeunes éditions Kirographaires, une maison d'Aix-en-provence où, là non plus, l'auteur n'a jamais mis les pieds... Pas plus qu'à Bouguenais, du reste, capitale de l'Asphodèle, comme chacun sait...

 

Et on n'en saura pas davantage aujourd'hui, ni la semaine prochaine dans les colonnes du Petit Malouin, car Henry Noc, correspondant de presse dépêché par cet hebdomadaire, qui assiste à l'instant à ces échanges, n'a guère le loisir, ni l'envie, d'en suivre davantage. Il prend encore le temps de mettre auteur et libraire dans sa boîte numérique, sur fond de livres, de tranches d'oisiveté et de songes sorciers. Le tout, confidences, ambiance et références de l'auteur, n'ont pris qu'un quart d'heure, à peine, de la vie du correspondant de presse. Et Noc, en rangeant son appareil numérique, en empochant sa plume, les mots des autres et son calepin à spirales, savoure la rentabilité de son temps... 20 euros du ¼ d'heure ! voilà une histoire rondement menée, et écrite par d'autres encore !... Pourquoi se fatiguer ?

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Cordial merci aux véritables auteurs des journaux et retour au perchoir, à Solidor, sous les trombes tièdes.

En s'installant au volant de sa 205, Noc aperçoit bien une pervenche, sur sa droite, penchée sur son ouvrage. Mais elle a dû faire une dizaine de mètres et trouver un abri assez sûr pour y rédiger en paix son procès verbal. Alors Henry Noc a démarré son moteur avant de réaliser que la jeune femme y consigne précisément l'immatriculation de son tas de ferraille. Ainsi, ce papier, qui lui rapportera 20 sacs, lui en aura coûté 35 ! réalise-t-il, au moment où, en professionnelle blasée, à peine grimaçante, l'artiste péripatéticienne appose sa signature.

 

Visionner le programme des dédicaces du Porte-Plume : hic!