Edward Abbey, à propos de Désert Solitaire (1968) :

« On m'objectera que ce livre s'attache beaucoup trop à des choses qui ne sont qu'apparences, qu'il reste trop souvent à la surface du monde et qu'il échoue à pénétrer et à dévoiler les structures des relations unificatrices qui forment la réalité sous-jacente de l'existence. Ici, je dois confesser que, ne l'ayant jamais croisée, je ne sais absolument rien de la vraie réalité sous-jacente. Je n'ignore pas qu'il existe de nombreuses personnes affirmant l'avoir rencontrée ; ces personnes-là ont simplement été plus chanceuses que moi.

Pour ce qui me concerne, la surface des choses m'apporte suffisamment de bonheur. A dire vrai, elle seule me paraît avoir une quelconque importance. Des choses comme une main d'enfant qui serre la vôtre, la saveur d'une pomme, l'étreinte d'un ami ou d'une amante, la douceur soyeuse des cuisses d'une jeune femme, le coucher de soleil sur la roche et les feuilles, l'entrain de telle musique, l'écorce de cet arbre, la lente abrasion du granite et du sable, une chute d'eau cristalline dans une marmite de grès, le visage du vent : qu'existe-t-il d'autre ? De quoi d'autre avons-nous besoin ? »


Bruckner - Symphonie No.8 - Boulez